HUMAN NATURE : quand la nature devient un chemin de résilience
À travers Human Nature, Manyoly explore les liens entre l'humain et le vivant. Une rencontre inspirante réalisée pour notre podcast Histoire de Vies, où l'art devient un langage de résilience.
Rebecca Attias

HUMAN NATURE : quand la nature devient un chemin de résilience
Par Rebecca Attias
Certaines rencontres dépassent le simple cadre d'une interview. Elles nous rappellent que derrière chaque œuvre se cache une histoire, derrière chaque artiste un parcours, et derrière chaque création une part de reconstruction. C'est précisément l'ambition de Histoire de Vies, le podcast de RBK Médias : raconter ces chemins où l'humain prend toute sa place. En décembre 2025, j'y rencontrais l'artiste Manyoly. Quelques mois plus tard, son exposition Human Nature donne une résonance particulière à notre échange.
Du 7 au 19 juillet 2026, la Galerie 3013, située au 52 rue de la République à Marseille, accueille Human Nature, une exposition personnelle réunissant une trentaine d'œuvres inédites autour d'une question essentielle : quel lien entretenons-nous encore avec le vivant ? À travers des portraits où les visages se mêlent aux feuillages et des œuvres abstraites issues de la série Mue, Manyoly invite le visiteur à ralentir, à observer et à repenser sa place dans un monde où l'humain et la nature ne font, au fond, qu'un.
Lorsque j'ai créé RBK Médias – Résilience • Balance • Knowledge, je voulais raconter davantage que des parcours professionnels ou des actualités culturelles. Je voulais mettre en lumière les femmes et les hommes qui transforment leurs épreuves en moteur de création, ceux qui acceptent de partager leurs doutes autant que leurs réussites. C'est dans cet esprit qu'est né Histoire de Vies, un podcast consacré aux récits qui inspirent, interrogent et rappellent que la résilience prend mille formes.
Ma rencontre avec Manyoly s'inscrivait pleinement dans cette démarche. Je connaissais déjà son travail. Depuis plusieurs années, ses portraits de femmes, reconnaissables entre tous, attirent le regard par leur intensité. Des visages puissants, souvent silencieux, qui racontent déjà beaucoup avant même que l'on ne connaisse leur histoire. Pourtant, au fil de notre conversation, j'ai découvert une autre facette de l'artiste. Une femme qui parle avec beaucoup de simplicité de la maladie, de la maternité, de la dépression post-partum, du doute, mais aussi de cette nécessité vitale de continuer à créer.
Très vite, je comprends que l'exposition Human Nature ne peut pas être racontée sans raconter la femme qui l'a imaginée. Car cette exposition n'est pas née d'une simple envie artistique. Elle est née d'un bouleversement.
À l'origine, Manyoly imaginait un projet beaucoup plus introspectif. Après une année marquée par la maladie, elle souhaitait traduire sur la toile cette période de fragilité où le corps impose son rythme et où l'on se retrouve parfois isolé, loin de l'agitation du quotidien. Elle pensait raconter cette expérience intime. Mais lorsque les pinceaux reprennent leur place dans l'atelier, quelque chose d'inattendu surgit. « La forêt est entrée dans mon atelier. » Cette phrase, prononcée presque naturellement pendant notre échange, résume à elle seule toute la genèse de Human Nature.
Installée aujourd'hui dans la Drôme, Manyoly vit au milieu des arbres. Sa maison est nichée au cœur de la forêt, presque invisible depuis les chemins environnants. Elle aime cette sensation d'être protégée par les feuillages, de regarder le monde à travers les branches, sans être elle-même exposée. Peu à peu, cet environnement est devenu bien plus qu'un cadre de vie. Il est devenu une source d'inspiration quotidienne, un refuge et, surtout, un espace de reconstruction.
Pendant sa convalescence, la forêt a joué un rôle essentiel. Les promenades sont devenues des respirations. Le silence des sous-bois a remplacé le bruit de la ville. Les saisons ont rappelé que tout évolue, que tout se transforme et que chaque période de repli précède souvent un renouveau. Sans même s'en rendre compte, cette nature qu'elle observait chaque jour a commencé à s'inviter sur ses toiles. Les feuilles sont apparues. Puis les branches. Puis les fleurs. Jusqu'à ce que les portraits eux-mêmes semblent dialoguer avec le végétal.
Ce qui frappe immédiatement en découvrant Human Nature, c'est que la nature n'y est jamais représentée comme un décor. Elle n'est pas un arrière-plan destiné à embellir un visage. Elle devient un personnage à part entière. Les feuillages enveloppent les femmes qu'elle peint, les protègent, les accompagnent. Les frontières entre le corps et le vivant s'estompent progressivement, comme si l'un ne pouvait plus exister sans l'autre. Cette vision rejoint d'ailleurs le fil conducteur de l'exposition, qui interroge notre relation au vivant et notre capacité à retrouver une forme de coexistence avec la nature. Cette évolution marque un véritable tournant dans son parcours artistique.
Pendant de nombreuses années, Manyoly a développé un travail profondément urbain. À Marseille, où elle a longtemps vécu et travaillé, ses inspirations naissaient des rues, des passants et surtout des regards de femmes qu'elle croisait au quotidien. Les portraits occupaient toute la place. Aujourd'hui, elle raconte avec le sourire qu'elle croise davantage d'arbres que d'humains. Son regard a changé parce que son environnement a changé. Les femmes sont toujours là, mais elles ne sont plus seules. Elles partagent désormais l'espace avec le végétal, dans une relation d'équilibre et de réciprocité. Ce changement n'a rien d'un effet de mode. Il est le reflet d'une transformation intérieure.Et c'est précisément ce qui rend Human Nature si sincère.
Au fil de notre échange, je réalise que chaque œuvre de cette exposition est intimement liée à une étape de son parcours. Rien n'a été pensé pour répondre à une tendance ou séduire un marché. Les tableaux racontent une évolution personnelle, presque une métamorphose. En les regardant, on comprend que l'artiste ne cherche pas seulement à représenter la nature. Elle cherche à raconter ce que celle-ci lui a permis de retrouver : un équilibre, une respiration et une manière nouvelle d'habiter le monde.
À cet instant de notre conversation, une évidence s'impose : parler de Human Nature, c'est parler de résilience. Et c'est naturellement vers cette question que notre échange va se poursuivre.
« Pour moi, la résilience, c'est savoir s'adapter »
Chez RBK Médias, la résilience est bien plus qu'un mot. Elle est le fil conducteur de chacune de nos rencontres. Je pose donc naturellement à Manyoly une question qui revient souvent dans mes interviews :
« Quelle est, pour toi, la définition de la résilience ? »
Sa réponse est immédiate.
« Pour moi, la résilience, c'est savoir s'adapter. Réussir à s'adapter sans y perdre trop de plumes, si possible. »
Une phrase simple, presque évidente. Pourtant, plus notre conversation avance, plus je comprends qu'elle résume parfaitement son parcours. S'adapter à la maladie. S'adapter à la maternité. S'adapter à un nouveau territoire. S'adapter à un nouveau rythme de vie. S'adapter aussi à une peinture qui ne ressemble plus à celle d'hier.
Car derrière l'exposition se cache une succession de bouleversements personnels. L'artiste évoque avec beaucoup de sincérité la période qui a suivi la naissance de sa fille. La maternité, loin d'être uniquement un moment de bonheur, a profondément remis en question son rapport à la création. Elle parle ouvertement de sa dépression post-partum, de cette sensation de ne plus trouver de sens à son travail, de ne plus savoir pourquoi elle peignait. « Je ne voyais plus l'intérêt de peindre », confie-t-elle avec une honnêteté désarmante. Cette phrase aurait pu marquer une fin. Elle deviendra finalement le début d'un nouveau chapitre.
Beaucoup d'artistes restent fidèles à une esthétique qui fonctionne, par sécurité ou par nécessité économique. Manyoly, elle, fait un autre choix. Celui de prendre le risque d'évoluer. Un risque d'autant plus grand qu'elle vit exclusivement de son art. Changer de langage artistique, c'est accepter de déstabiliser ses collectionneurs, de perdre des repères et parfois de devoir tout reconstruire. Mais rester immobile lui semblait plus dangereux encore. « J'avais plus rien à perdre parce que je n'aimais plus ce que je faisais. » Cette phrase m'interpelle. Elle raconte le courage qu'il faut pour repartir de presque rien lorsque l'on sait que son métier, sa visibilité et son équilibre financier reposent sur ce que l'on décide de transformer.
Cette capacité à accepter le changement traverse toute son œuvre. Elle apparaît avec force dans la série Mue, sans doute la plus personnelle de l'exposition.
À première vue, ces œuvres abstraites surprennent. Elles semblent s'éloigner des portraits qui ont fait connaître l'artiste. Pourtant, lorsqu'elle raconte leur histoire, tout prend sens.
Les Mues sont composées de milliers de fragments découpés dans d'anciennes peintures. Certaines de ces toiles étaient restées roulées pendant des années dans son atelier. D'autres avaient traversé plusieurs déménagements. Certaines avaient été abîmées, oubliées ou mises de côté parce qu'elles ne trouvaient pas leur place.
Plutôt que de les abandonner, Manyoly décide de leur offrir une seconde vie. Chaque tableau demande un travail considérable. Les morceaux de toile sont découpés, triés par couleur, puis assemblés un à un jusqu'à composer une nouvelle œuvre. Certains formats nécessitent plusieurs milliers de fragments et plusieurs semaines de travail minutieux. Ce geste patient, presque méditatif, devient lui-même une forme de reconstruction.
En l'écoutant raconter ce processus, il est difficile de ne pas penser à nos propres parcours de vie. Nous avançons tous avec des morceaux de notre histoire. Des expériences heureuses. Des blessures. Des rencontres. Des ruptures.
La résilience ne consiste pas à effacer ce passé. Elle consiste à lui donner une nouvelle place. Les Mues racontent exactement cela. Transformer sans renier. Évoluer sans oublier. Reconstruire sans effacer les cicatrices.
Cette idée fait écho au message que porte Human Nature dans son ensemble. L'exposition ne parle pas seulement d'écologie ou de biodiversité. Elle nous rappelle que le vivant est, par essence, en perpétuelle transformation. Les arbres perdent leurs feuilles avant de refleurir. Les saisons se succèdent. Les paysages changent. L'humain n'échappe pas à cette règle. Nous sommes, nous aussi, faits de métamorphoses.
Au cours de notre entretien, Manyoly insiste également sur une autre dimension de son travail : le temps. À une époque où tout s'accélère, elle revendique une création lente. Certaines œuvres nécessitent plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Elle raconte les milliers de découpes réalisées à la main avant de recourir à la découpe laser pour préserver ses poignets, mis à rude épreuve par ce travail répétitif. Chaque tableau demande une concentration extrême, un engagement physique et une patience qui contrastent avec l'immédiateté de notre époque. Cette lenteur n'est pas une contrainte. Elle fait partie de l'œuvre. Elle est une manière de redonner de la valeur au geste, au temps long et à l'attention portée à chaque détail.
À plusieurs reprises, notre conversation revient sur le rôle que joue désormais la nature dans son quotidien. Là encore, son approche est très concrète. Elle ne parle pas d'une nature idéalisée ou fantasmée. Elle évoque simplement ce que lui apportent quelques minutes passées en forêt lorsque le stress devient trop envahissant. Marcher. Respirer. Retrouver le silence. Laisser le téléphone de côté. Ces gestes simples sont devenus des rituels d'équilibre. Ils nourrissent son travail autant que son bien-être. « La forêt me répare », me dit-elle. Une phrase qui résonne particulièrement avec l'esprit de Human Nature, où la nature apparaît non comme une ressource à exploiter, mais comme une alliée avec laquelle il est possible de renouer un dialogue.
Plus notre échange avance, plus une évidence s'impose : derrière chaque tableau se cache moins une recherche esthétique qu'une philosophie de vie. Créer. Observer. Accepter le changement. Et continuer à avancer. C'est peut-être cela, finalement, la plus belle définition de la résilience.
Depuis toujours, elle refuse l'idée d'un art réservé à quelques initiés. Lorsqu'elle tenait sa galerie à Marseille, elle voyait souvent des visiteurs franchir timidement la porte en s'excusant presque : « Je n'y connais rien. » Une phrase qu'elle entendait régulièrement et qu'elle s'efforçait de déconstruire. Pour elle, il n'est pas nécessaire de posséder un vocabulaire artistique ou des références culturelles pour être touché par une œuvre. L'émotion précède toujours l'explication. Un tableau n'a pas besoin d'être compris. Il a besoin d'être vécu. Cette vision traverse toute son exposition. Les visiteurs sont invités à regarder, à ressentir, à prendre le temps. Certains s'arrêtent devant une toile plusieurs minutes, d'autres reviennent une seconde fois. Beaucoup n'arrivent pas immédiatement à mettre des mots sur ce qu'ils éprouvent. Et c'est précisément ce que recherche l'artiste.Elle ne cherche pas à imposer une lecture. Elle laisse chacun construire la sienne.Cette liberté explique sans doute pourquoi ses œuvres parlent à des publics très différents.
Au fil de notre conversation, je comprends également que, pour Manyoly, créer n'est pas seulement produire des tableaux. Créer, c'est continuer à avancer. C'est accepter de ne plus être la même artiste qu'hier. C'est prendre le risque de décevoir pour rester fidèle à soi-même. Dans un monde où tout pousse à reproduire ce qui fonctionne, elle choisit le mouvement plutôt que la répétition. Et c'est probablement ce qui donne à son travail cette sincérité que l'on ressent immédiatement.
Cette sincérité se retrouve aussi dans son quotidien. Entre son atelier, sa vie de famille, son jardin, son potager et l'éducation de sa fille, elle construit un équilibre où la création ne se limite pas aux heures passées devant une toile. Tout nourrit son regard. Observer la nature, cultiver la terre, marcher en forêt ou simplement ralentir font désormais partie intégrante de son processus artistique. Chez elle, l'inspiration ne surgit pas uniquement devant un chevalet. Elle se construit dans une manière d'habiter le monde.
En quittant notre entretien, une idée ne cesse de m'accompagner. Nous parlons souvent de résilience comme d'une capacité à surmonter les épreuves. Manyoly en donne une définition plus douce. Plus humble. La résilience n'est pas une victoire spectaculaire. C'est une adaptation. Une transformation lente. Une mue. Au fond, c'est exactement ce que raconte Human Nature. Une exposition où les arbres protègent les visages, où les anciennes toiles deviennent de nouvelles œuvres, où les blessures ne disparaissent pas mais trouvent une autre forme d'expression.
En tant que fondatrice de RBK Médias, ce sont précisément ces histoires que je souhaite raconter. Non pas parce qu'elles sont parfaites, mais parce qu'elles sont profondément humaines. Derrière chaque parcours inspirant, il y a des périodes de doute, des choix difficiles, des remises en question. C'est dans ces instants que naissent souvent les plus belles créations.
La rencontre avec Manyoly en est une magnifique illustration. Elle ne nous invite pas seulement à regarder la nature autrement. Elle nous invite à nous regarder nous-mêmes. À accepter que nous soyons, nous aussi, en perpétuelle évolution. À comprendre que nos fragilités peuvent devenir des forces. Et que chaque étape de notre vie, même la plus difficile, peut un jour participer à la construction de quelque chose de beau. Peut-être est-ce cela, finalement, le véritable message de Human Nature.
La résilience n'efface pas les cicatrices. Elle leur donne un sens.
Informations pratiques
Human Nature – Exposition personnelle de Manyoly
📍 Galerie 3013
52 rue de la République – 13002 Marseille
📅 Du 7 au 19 juillet 2026
🕙 Du mardi au dimanche de 10 h à 20 h
Lundi sur rendez-vous
🎟️ Entrée libre
Rebecca Attias
Fondatrice de RBK Médias – Résilience • Balance • Knowledge
Podcast Histoire de Vies (anciennement Histoire de Femmes) & Podcast Rbk Médias L'Actu
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Rebecca Attias
Pharmacien de formation, Rebecca Attias met son expertise scientifique au service des femmes. Fondatrice de RBK Médias, elle partage conseils et outils pour les accompagner dans leur bien-être quotidien, en alliant santé et développement personnel.
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